Ces personnes qui n’auraient jamais dû être parents

Plus les années passent et plus je me dis que sans elle je ne serai pas là, mais pourtant, je continu à penser qu’elle n’aurait jamais du avoir des enfants

Alors non, je vous rassure cela n’est en rien un appel à l’aide, je ne suis pas suicidaire et à ce jour je suis heureuse (enfin autant que l’on peut l’être dans une vie normale avec ses hauts et ses bas).
Mais mon passé ne fut pas tout rose, d’ailleurs certaines “séquelles” sont toujours présentes. Les démons du passé, les répercussions d’une enfance ou plutôt d’une absence d’enfance ayant été obligée de grandir trop vite, les marques d’une éducation très loin d’être bienveillante qui même cicatrisées laisserons à jamais leur traces.

J’ai beaucoup travaillé sur moi et je continue jour après jour à me remettre en question à chaque erreur de ma part et elles sont nombreuses. Mais en ce début 2019, à 32 ans maintenant je réalise enfin quelque chose. Je le savais depuis toujours, mais je ne sais pas, un déclic à fait que, c’est plus concret dans mon esprit.Ce n’est pas à moi de travailler, de me remettre en question mais à elle.

Enfin si, il est normal que je prenne du recul sur moi même et mes actes, que je travaille sur mes défauts et mes manqués. Mais ce n’est pas moi qui ai mal fait toutes ces années. Ce n’est pas ma faute. C’est elle et seulement elle.

Qu’est ce qui a changé pour que j’accepte de me décharger de ce poids qu’elle avait mis sur mes épaules il y a bien longtemps? Pour que aujourd’hui, je vous parle de moi et de cette partie de ma vie si intime.

Le regard des autres. Non, pas sur moi mais sur elle.

Car oui, comme toutes perverses narcissiques, elle est très forte pour jouer avec les apparences et se mettre en avant. Se montrer, étaler ses qualités et faire miroiter ce qu’elle n’est pas. Elle vous donnera l’impression de vous faire une faveur en vous accordant son attention. Bah oui, une personne si fantastique qui s’intéresse à vous pauvre petit mortel!

Elle semble tellement formidable que tous ses détracteurs ne seront que des jaloux à vos yeux . Ce que j’ai été pendant longtemps. C’était moi la méchante qui inventait des histoires, celle qui était mauvaise, une pauvre gamine capricieuse qui cherchait à se rendre intéressante.

 J’étais cette “Petite conne, égoïste et sans coeur” (comme elle aimait tant à me le dire), qui faisait son cinéma de petite malheureuse pour se faire plaindre et qui devrait être heureuse d’avoir une mère aussi parfaite qu’elle et que d’ailleurs, soit dit en passant, vu qu’elle était parfaite il était normal qu’elle EXIGE que je le sois (Logique non?).

Sauf que, déjà cela ne marche pas comme ça, et en plus si il y a bien une chose que je ne voulais pas (et que je ne veux toujours pas et je me bats d’ailleurs contre certaines réactions encrées dans mon être chaque jour) , c’est bien lui ressembler.

Mais pour les gens, autant ses amis et connaissances que la famille, elle était “ELLE” et j’avais beau appeler à l’aide, soit ils ne m’entendaient pas écrasée par sa voix, soit ils avaient aussi peur d’elle que moi car ils avaient un jour été sortie de ses bonnes grâces en ayant voulu avoir leur propre avis (quel culot!!!).

Avec le temps, j’ai appris à me taire et accepter d’être condamner à cette vie .

C’est par sa faute que je suis en vie mais que je ne vis pas.

Ces paroles que j’aurai presque pu me faire tatouer mais qui sont déjà écrites en moi.

Plus les années passaient et plus je me demandais si elle n’avait pas raison, si JE n’étais pas le problème comme elle le disait. J’avais conscience de ne pas être parfaite, d’avoir des défauts et surtout un sacré caractère (caractère de merde que je ne renierai jamais car, si je ne l’avais pas je n’en serai pas arrivé là… Je ne serai peut-être même pas arrivé jusque là…). J’avais pleinement conscience de celle que j’étais, enfin je le croyais… Peut-être que je me trompais, peut-être que c’est elle qui était dans le vrai… J’étais peut-être même folle et je vivais dans un monde parallèle, étant donné que j’étais là seule à la voir comme ça.

Il aura fallut attendre mes 32 ans et 2 enfants pour enfin enlever ce regard sur moi qui me pesait. Pour que le voile se lève enfin et libère enfin la vue de certaines personnes.

Je savais qu’elle avait un problème, qu’elle était aussi égoïste que manipulatrice, mais longtemps, j’ai essayé de lui trouver des excuses, de lui chercher des points positifs afin de me raccrocher à l’espoir que tout n’était pas perdu et que, un jour, elle réaliserait peut-être à quel point ses choix ont pu me blesser, nous blesser. Qu’un jour peut-être, j’aurai une mère.

J’ai essayé de lui pardonner, mais la colère est trop grande et la peine trop présente. J’ai essayé de me détacher d’elle, mais on a qu’une mère et dans certains moments, l’instinct primitif reprend le dessus (et je fonçais vers elle malgré tout, sachant qu’à un moment donné je me prendrais un mur en pleine face).

J’ai voulu faire en sorte de conserver le lien, non pas pour moi mais pour eux. Pour ma soeur et mon frère, pour que mes enfants connaissent leur grand-mère. Pourtant, j’entends assez souvent qu’il faut sortir les personnes toxiques de nos vies et je me dis qu’effectivement, il vaut parfois mieux ne pas connaître que de risquer d’en subir les conséquences à vie. Mais je suis là, je les protégerai (mais qui me protégera moi?).

Enfin, ça c’était le passé.

Maintenant je sais que l’once d’humanité que j’espérais retrouver en elle n’existe plus ou n’a même peut-être jamais existé.

Mais ce que je sais surtout c’est:

Qu’elle est prête, pour bien débuter l’année 2019, à prendre le risque de laisser mourir sa propre fille en la laissant vivre dans la rue, dormir dehors en plein hiver alors qu’elle a une chambre de libre sans même que cela ne lui frise un sourcil et en aillant pour seule excuse “je n’ai pas envie que cela dérange les habitudes de mon couple”.

Qu’elle n’a aucun scrupule à voler ses enfants pour ses loisirs plutôt que des les aider à avancer, en se construisant un meilleur avenir grâce aux études ou simplement pour les aider à vivre.

Qu’elle se vante presque de cette inhumanité et que heureusement nous sommes là pour faire ce qui est normal à sa place.

Qu’en tant qu’ainée j’ai longtemps assumer son rôle et que je l’assume encore, alors que j’ai rien demandé.
Qu’elle a de la chance que, malgré qu’elle ait essayé de nous séparer, de nous monter les uns contre les autres, nous avons su voir son jeu et nous avons décidé de nous soutenir pour avancer sans elle plutôt que de nous allier contre elle.

Qu’elle n’aurait simplement jamais du engendrer la vie (car le terme mère est trop précieux pour lui être attribué).

Elle n’est pas la seule malheureusement, mais on ne parlera pas d’elle ou plutôt d’elles car on est là, en vie et que bien souvent nous préférons nous taire. Que nos traces sont invisibles à l’oeil même si bien plus douloureuses (un coup fait mal sur le moment, les mots et regards peuvent faire saigner à vie).

Sans elle, je sais que je ne serai pas là et pas celle que je suis. Je sais que je n’aurai pas la vie que j’ai aujourd’hui et les moments de bonheurs intenses que m’apporte ma famille (celle que j’ai choisie et celle que je me suis construite). Mais cette pensée ne peut me quitter comme cela.

Devenir mère est une chance à mes yeux, et beaucoup la convoite sans y arriver. Et elle, qui aurait pu tant y gagner à tout foutu en l’air.

Puisque tu t’aimes tant… Reste avec toi même… Moi, je vais vivre. C’est fini, il est trop tard. Et si un jour, ta conscience refait surface et que tu regrettes… Je te souhaite de moins souffrir que ce que j’ai pu souffrir, car moi j’ai un coeur.

8 réflexions sur “Ces personnes qui n’auraient jamais dû être parents

  1. Famille Tout à Dire dit :

    Tant de retenu malgré tout dans ton texte. Ce texte a l’air de faire partie d’un gros travail par rapport à ce que tu vis. J’espère qu’il te libérera un peu plus par rapport à ce que tu as vécu. En tout cas, j’ai beaucoup aimé cette positivité par rapport à toi. Courage et n’hésites pas si tu as besoin.

  2. maman prout dit :

    J’espère que d’avoir mis des mots sur tes maux permet de continuer ton cheminement et de te défaire petit à petit de cet emprise: pleins de doux bisous et une bonne dose de courage pour toi!

  3. Melle Bulle dit :

    A travers ton témoignage, je me replonge dans mon univers professionnel en tant qu’assistante sociale … Car malheureusement, ce genre de parent que tu décris, il y en a en effet beaucoup trop et c’est une des formes de maltraitance les pires et les plus dures à évaluer et à prévenir et aider … En effet, les coups sont plus visibles et donc plus simples à évaluer et à intervenir.
    Tu fais partie, ainsi que tes frères et soeurs, des enfants de l’ombre, oubliés de la protection de l’enfance. A travers tes paroles, on voit que toi, tu as su faire acte de résilience et prendre suffisamment de recul pour toi même mais aussi pour ton rôle de mère. Car cela ne doit pas être évident de devenir mère quand la sienne est défaillante. Il n’y a alors pas de modèle à suivre, on cherche surtout à ne pas suivre celui qu’on a connu mais ce n’est pas si simple … et quelle culpabilité si un jour on s’aperçoit qu’un de nos actes, qu’une de nos pensées … font échos à cette mère malveillante que l’on a connu. C’est une des grandes difficultés à surmonter.
    De mon côté et donc d’un point de vue personnel, j’ai pu aborder un sujet similaire sans l’être pour autant, mais qui implique ma relation avec mon père. Cela a été abordé notamment au cours de notre procédure d’adoption. J’ai discuté de cela avec la psychologue et l’assistante sociale qui nous ont accompagnés et leur expertise m’ont permis de déculpabiliser si mes futurs enfants ne rencontraient jamais leur grand-père maternel … en me disant tout simplement qu’en tant que mère, mon rôle est de protéger mes enfants et donc de les protéger éventuellement d’une relation toxique. En me rappelant que ce n’était pas grave si mes futurs enfants ne connaissaient pas ce grand-père, car nous avions suffisamment de personnes dans notre entourage qui pourrait tenir le rôle de ce grand-père … et que les liens du sang ne font pas tout (ce qui fait encore plus écho dans le cadre d’une adoption …)
    Alors voilà, si demain tu décides de protéger tes enfants de cette relation toxique car tu t’aperçois que leur grand-mère leur nuit tout comme elle t’a fait souffrir … ne culpabilise pas. Ne cherche pas à tout prix à maintenir des liens pour ne pas les priver d’elle … Cherche plutôt à briser un cercle vicieux pour les protéger eux.
    Je te souhaite, ainsi qu’à tres frères et soeurs, de continuer à rester souder … mais en faisant aussi en sorte que chacun retrouve sa place et notamment toi ta place de grande soeur et non pas celle de mère de substitution.
    Bravo pour cet article courageux.

  4. Veronique PoupetteWorld dit :

    Devenir mère nous renvoie fatalement à la relation qu’on a eu avec la sienne. C’est parfois agréable, parfois non. Je te souhaite de trouver le bon équilibre pour avancer dans ta vie, vers le bonheur, en te protégeant et en protégeant ta famille (et tes enfants).

  5. Summer Girl dit :

    Tu as beaucoup de courage de poser ces mots ici, et j’imagine comme ça doit te libérer d’une certaine manière, je te souhaite d’être heureuse avec la famille que tu construis et qui t’apporte tant de bonheur ♡

  6. Marie Mati dit :

    je me retrouve dans ce texte pour avoi eu ce genre de « mère ». j ai coupé les ponts avec elles depuis 10 ans mes enfants ne l’ont jamais vu ils savent qu’ils ont une mamie quelque part mais c’est tout. je n’ai pas subi de violences physiques mais elles m a détruite psychologiquement maintenant je suis quelqu’un de timide, de renfermé qui a du mal de faire confiance aux autres et à moi même et si je me reconstruit petit à petit c’est grâce à mon mari et mes filles. j’ai essayé d en parler une fois mais on ne m’a pas cru on m’a dit ce n’est pas possible qu’une mère soit comme ça. Encore aujourd’hui j’ai peur d’elle, j’ai peur de la revoir mais je suis sure d’une chose: pour protéger mes 3 enfants je serai forte elle ne leur fera jamais ce qu’elle m’a fait

  7. Val dit :

    La résilience est un parcours difficile mais tu es, je pense, bien plus forte que tu ne le crois.
    Tes enfants sont ta force et tu es une formidable maman.
    Tu as vécu des choses très douloureuses et endossé un rôle qu’aucun enfant ne devrait avoir.
    Je suis heureuse pour toi que vous ayez su avec tes frère et soeur trouver une harmonie entre vous ; difficile de garder des relations saines dans un tel “contexte”.
    Des mots durs, j’en ai tellement entendu aussi et je sais à quel point ça blesse profondément, insidieusement.
    Tu es une maman, une vraie, une aimante, une présente, une protectrice pour tes enfants <3
    N'en doute pas !

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